ITW Jeremy Nzeulie : « Le titre de 2013 ? Même Hollywood aurait dit faut pas forcer »

- 4 juin 2024

Membre de l’équipe championne de Nanterre 2013, Jeremy Nzeulie revient sur ses années avec Pascal Donnadieu. Lancé par ce dernier dans le monde professionnel, il est un enfant du club. Il nous dit tout sur sa relation avec l’emblématique coach de Nanterre, et partage quelques anecdotes folles durant son passage et sur le titre exceptionnel de champion de France en 2013.

Que retenez-vous de vos années avec Pascal ?
Ma construction aussi bien en tant que basketteur qu’en tant qu’homme.
Je suis arrivé à Nanterre, j’avais 15-16 ans, je suis reparti, j’en avais 25-26. Je me suis beaucoup développé là-bas, j’ai fait 2-3 ans avec les équipes jeunes puis j’ai évolué avec l’équipe première dirigée par Pascal.
J’ai grandi, je suis devenu plus mature en jouant pour lui. C’est à ce moment que l’on apprend la vraie vie.

Vous avez passé 7 saisons à Nanterre, serait-ce la meilleure expérience de votre carrière ? Considérez-vous que Pascal est le meilleur entraîneur que vous ayez eu ?
Ce n’était pas la meilleure expérience de ma carrière. Elle en fait partie car toutes les années ne se ressemblent pas. Il y a eu quelques groupes avec qui j’ai vécu des années extraordinaires.
L’année du titre à Chalon (2017), le rôle que j’avais, c’était très spécial.
Pour ce qui est du meilleur coach, je ne sais pas car j’ai aussi eu Vincent Collet qui est très bon dans son registre. J’ai eu Claude Bergeaud et Jean-Denys Choulet qui sont de très bons coachs. Ils ont tous leur spécificité.
Je dirais que c’est celui qui m’a le plus apporté. Sans lui et mes années à Nanterre, le reste ne serait pas venu. Si Pascal ne me met jamais sur le terrain, je ne deviens jamais un joueur professionnel.

Vous remportez le titre de champion de France en 2013. Pourtant, Nanterre finit 8e lors de la saison régulière. De quelle façon Pascal vous a permis de croire à ce titre ?
Après la défaite en Coupe de France (5 mai 2013, défaite contre Paris-Levallois 77-74), il nous a remis un gros coup de pression derrière.
Il y avait de la frustration déjà présente au sein de l’équipe, mais il a remis une énorme exigence.
Si on avait gagné la Coupe de France, je ne pense pas que l’on aurait gagné le championnat derrière. Le fait que l’on n’avait pas gagné la Coupe de France a permis à Pascal de nous donner un gros coup. Il est à l’origine de tout cela et ensuite nous sommes partis chercher les exploits les uns après les autres.

Il semble qu’au début de la saison, il pensait déjà à démissionner. Comment avez-vous réussi à le convaincre de rester ? Comment la tendance s’est inversée ?
Après les premiers matchs, il n’était pas très bien, il en avait marre, il pensait arrêter et il nous en a parlés.
Il y a des joueurs majeurs de l’équipe qui sont partis le voir pour lui dire que l’on avait besoin de lui dans cette aventure et que ce n’est qu’une mauvaise passe. Ils ont réussi à trouver les mots pour le lui faire comprendre.

S’il n’était pas resté, la saison aurait été catastrophique, avec une potentielle descente ?
Je n’y croyais pas au fait qu’il allait arrêter. Je savais qu’il avait un ras-le-bol, mais c’est son club.
Je savais qu’il ne le laisserait jamais tomber au milieu de la saison. Je pense qu’il avait besoin d’entendre les mots de Stephen (Brun) et Xavier (Corosine).
Je n’aime pas partir dans les « si ». Il y a tellement d’hypothèses et de paramètres que l’on ne maîtrise pas. On aurait pu faire l’une des pires saisons de l’histoire comme une très correcte.
Dans tous les cas, je pense qu’il y aurait eu très peu de chances de remporter le titre de champion de France.

« On avait eu écho que les dirigeants de Strasbourg avaient commencé à fêter le titre. »

Pensez-vous que c’est l’un des plus beaux titres de l’histoire et le plus beau de votre carrière ?
C’est le plus beau titre que j’ai eu, et je pense que c’est l’un des plus beaux dans l’histoire de beaucoup de sports.
On avait le 2e budget le plus faible, à la mi-saison, on est avant-dernier du championnat si je me souviens bien, on se qualifie en étant 8e.
On arrive à sortir au premier tour le leader au classement de la saison-régulière (Gravelines-Dunkerque), on sort le champion de France en titre (Elan Chalon) et en finale, on perd le premier match de 34 points (55-89) et on est champions. Tout est magnifique.
C’est un scénario de film, et encore même dans un film on aurait dit « arrêtez, c’est un peu trop ». Même Hollywood aurait dit « faut pas forcer ».

Plusieurs fois, des tirs très importants rentrent de votre côté dans cette série que ce soit vous, Stephen ou David Lighty et d’autres… Sur le coup vous vous dites aussi que c’est un film ?
Sur le coup, on ne pense qu’à gagner, nous sommes concentrés. C’est après le match que l’on va penser et analyser.
Pendant que nous sommes sur le terrain, on est concentrés et on se dit qu’il faut faire tout ce qu’il faut pour gagner.
Avant le dernier match à Coubertin, on se dit que nous ne sommes plus qu’à une victoire du titre. Nous sommes rentrés avec cette mentalité et c’est ainsi que l’on a pu faire tout ce qu’il fallait.

Cette défaite dans la série était un déclic pour vous ? Apparemment, dans les vestiaires, Strasbourg semblait déjà penser que le titre était gagné d’avance.
Je ne suis pas sûr que l’on soit passés devant les vestiaires de Strasbourg, mais on a eu écho comme quoi les dirigeants avaient commencé à fêter le titre.
Pendant la saison, ils nous ont battu à l’aller et au retour. Lors de l’avant-dernier match de la saison, ils nous battent sur un petit score à domicile (défaite 79-69). On avait beaucoup de mal contre cette équipe. Le fait qu’ils nous battent de manière aussi fracassante, on s’est dit que le rêve allait s’arrêter ici mais que l’on sortirait avec les honneurs. On a pas fait tout ça pour rien, peut-être qu’on ne sera pas champions parce qu’ils sont plus forts, mais ce titre, ils ne l’auront pas facilement, ils seront allés le chercher.
C’est ainsi que l’on en a pris un, puis deux, puis lorsque l’on est plus qu’à une victoire du titre, la confiance est du côté adverse.

Pour vous, Pascal est plus qu’un entraîneur dans votre carrière ? Que représente-t-il ?
Oui, j’étais très proche de son frère qui m’avait recruté en centre de formation. J’ai toujours été l’enfant du club. Pascal m’a toujours traité un peu différemment des autres car j’étais l’enfant du club.
Pour eux, c’est spécial, je suis un petit qu’ils ont vu arrivé à 15-16 ans. Nanterre et Pascal m’ont toujours vu comme quelqu’un de spécial, et de mon côté c’est pareil.
Ce qu’il représente pour moi ? Je ne me suis jamais penché dessus, mais je le vois comme la personne qui m’a donné l’opportunité de vivre la vie que j’ai pu vivre pendant 10 ans.
On peut se dire qu’il aurait pu me lancer avant, mais il l’a quand même fait. Je connais d’autres jeunes dans certains clubs, le coach ne leur donne vraiment pas leur chance.
J’aurais toujours cette reconnaissance envers lui car c’est grâce à lui que j’ai pu goûter au monde professionnel.

« Il m’a fait comprendre qu’il m’appréciait beaucoup et voulait que je réussisse. »

S’il fallait décrire Pascal en un mot, ce serait lequel ?
En un mot, je dirais « émotion ». Pascal est une personne qui vit pleinement ses émotions.
Quand il est en colère, il va vraiment être très en colère, il va monter le ton et pousser des grosses gueulantes. Quand il est heureux, il veut profiter de ces moments avec nous, il veut rigoler avec nous.

Une anecdote marquante avec lui ?
Elle doit être positive ou pas (rires) ? Je vais en raconter une qui est plus ou moins sympa.
Je vais répéter à quel point je lui en suis reconnaissant. À peu de choses près, mon avenir aurait pu être totalement différent.
Lorsque je jouais en dernière année cadet, je jouais essentiellement avec l’équipe 2. On jouait en Excellence Région à cette époque. Il y a un match après un enchaînement de frustrations, j’ai eu une altercation avec un joueur de l’équipe adverse, et j’ai été disqualifié.
Je n’étais pas facile à gérer quand j’étais le jeune. Frédéric (Donnadieu, le frère de Pascal Donnadieu) m’avait dit que malgré le fait qu’ils m’adorent dans le club, ce serait difficile de me continuer avec moi. C’était donc quasiment convenu que la suite de mon aventure ne se ferait pas avec Nanterre pour le reste de mes années seniors.
En fin de saison, il y a un match amical contre Rueil, de souvenir, je marque 26 points. Pascal m’a convoqué dans son bureau après ça. Il me dit que je le fais chier parce que je le mets dans une position délicate. Il me dit que mon comportement gâche mon talent alors qu’il a vraiment envie de me donner une dernière chance.
Il me la donne, puis je rejoins l’effectif professionnel. S’il ne m’avait pas donné ma chance à ce moment-là, mon histoire s’arrêtait là.

De quelle façon a-t-il réussi à vous faire changer ?
Il m’a fait comprendre qu’il m’appréciait beaucoup et qu’il voulait que je réussisse. Malheureusement, c’est le monde professionnel et je n’aurais pas de munitions éternelles, et à force de les gâcher, il ne pourra plus rien faire.
Je me suis retrouvé avec moi-même en me disant que je suis au contact des pros, je n’ai pas envie de gâcher tout cela.
Parfois, j’ai eu des sauts d’humeur, et Pascal a super bien géré tout cela. Je le remercie grandement pour cela.

Crédit photo : JSF Nanterre / Nanterre 92 / F.Blaise

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